• L'abondante littérature qui analyse les dérives populistes dans le monde laisse curieusement de côté Israël, où elles sont pourtant patentes. À plusieurs reprises au cours des douze dernières années, cette démocratie s'est trouvée au bord du gouffre.
    Retraçant la trajectoire de la «  seule démocratie du Proche-Orient  », de sa naissance aux années Netanyahu, Samy Cohen montre combien elle est hybride, fragile et fragmentée. La société a éclaté en deux camps. L'un, attaché aux valeurs libérales, est prêt à des compromis avec les Palestiniens, quand l'autre, sensible aux sirènes nationalistes et religieuses, reste indifférent à l'État de droit.
    Qui l'emportera  ? C'est l'avenir de la démocratie israélienne qui est en jeu.
     
     
    Samy Cohen, directeur de recherche émérite à Sciences Po (CERI), est l'auteur notamment de Tsahal à l'épreuve du terrorisme (Seuil, 2009, Prix du Grand livre 2009 des professeurs et maitres de conférences de Sciences po) et Israël et ses colombes. Enquête sur le camp de la paix (Gallimard, 2016).

  • «Une expérience beaucoup plus cruelle que celle du colonialisme nous attend, celle de la guerre impitoyable avec notre vie sauvage. Ce qui n'avait pas été assimilé par la domination coloniale ne l'a pas été par la modernité nationale, ni par la Révolution, ni par la démocratie. L'islamisme armé vient nous rappeler que le travail ne fait que commencer, et qu'en réalité, nous l'avons esquivé.» Hélé Béji
    La Révolution tunisienne de 2011, née du sentiment de dignité et de justice d'un peuple, fut celle de la spontanéité. Elle a aussi ouvert une voie alternative à l'ingérence démocratique occidentale, aux accents de nouvelle croisade, qui n'a fait que raviver dramatiquement l'islamisme radical. Mais qu'a fait la Tunisie de ce grand moment de son histoire ? Neuf ans après, au coeur d'une crise politique et sociale aiguë, Hélé Béji dresse le constat d'un échec, qui dépasse les frontières de la seule Tunisie. Comment sortir de cette dépression politique, si ce n'est par la constitution d'une société qui, trouvant en elle-même une réponse à l'obscurantisme, restaure la dignité de l'homme ?

  • À partir du 22 février 2019, des millions d'Algériens ont occupé des mois durant, chaque vendredi, les villes du pays pour réclamer le départ du régime. Ce hirak (mouvement) est sans précédent historique : on n'a jamais vu la majorité de la population d'un pays manifester ainsi pacifiquement pendant des mois pour exiger une authentique démocratie.
    Réunissant des contributions de journalistes et professionnels algériens ayant participé au mouvement, ainsi que celles de spécialistes du pays, algériens et français, ce livre rend compte de cette extraordinaire ébullition. Il montre en quoi les mots d'ordre du hirak ont révélé la remarquable lucidité du peuple : ils disent comment le régime est dirigé par une coupole mafieuse, réunissant autour du partage des circuits de corruption les chefs de l'armée et de la police politique, cachés derrière une façade politique civile sans aucune autonomie.
    Après avoir rappelé les raisons profondes du soulèvement, les auteurs restituent ses multiples facettes, l'inventivité et l'humour des manifestants et manifestantes, la place essentielle des jeunes et des femmes ou la revendication centrale de parachever la libération nationale de 1962. Sans négliger le rôle de la presse et des réseaux sociaux, ni les réactions à la répression policière. Analysant enfin les effets du hirak au sein du pouvoir, ainsi que les réactions des grandes puissances, cet ouvrage apporte des clés essentielles pour comprendre l'un des plus puissants mouvements sociaux de l'histoire moderne.

  • "Nous les avons accueillis avec sympathie, un brin amusés par leur accoutrement folklorique. Quelques années plus tard, nous découvrîmes presque à l'improviste que cet islamisme qui nous paraissait si pauvrement insignifiant s'était répandu dans tout le pays."

    Boualem Sansal, l'une des grandes voix de la littérature algérienne, s'interroge sur les acteurs de la propagation de l'islamisme : les États prosélytes, les élites opportunistes, les intellectuels silencieux, les médias, "la rue arabe"... Il questionne aussi l'échec de l'intégration dans les pays d'accueil des émigrés.

    Une synthèse engagée, documentée, des prises de position humanistes qui dénoncent à la fois le pouvoir militaire algérien et le totalitarisme islamiste.

  • Un livre de plus sur le Proche-Orient ? Non.
    À côté de l'image commune et quotidienne que nous avons de cette région - bombardements, attentats, exodes massifs de population -, Nadine Picaudou expose les ressorts et les formes spécifiques de
    l'action politique - les modes de construction de l'État et les dynamiques de mobilisation des acteurs dans le long XXe siècle.
    Elle s'interroge, en alternant les moments de récit avec les plages d'analyse, sur la définition même de la chose publique dans les sociétés concernées, sur le découpage d'un espace du politique dans ses rapports avec les autres instances du social : loin d'être le degré zéro du politique, la violence apparaît alors comme un instrument de négociation pour l'accès aux ressources, comme la poursuite de la politique par d'autres moyens.
    Cet ouvrage aide à comprendre comment et pourquoi les affrontements politiques revêtent aussi aisément le visage de fractures communautaires qui mystifient les peuples pour mieux les écraser.

  • Bachar al-Assad à son père :Tu as massacre 20 000 personnes a Hama ? Moi, c'est beaucoup plus, beaucoup beaucoup plus, on compte les morts par centaines de milliers. Je ne te cache pas que j'ai ete aide par toutes sortes d'amis, les Iraniens et les Russes en particulier...




     
     
     

  • Au pouvoir depuis 2003, tour à tour premier ministre, puis président de la République, Recep Tayyip Erdogan incarne les réussites et les dérives de son pays. Charismatique et despotique, il écrase la scène politique et monopolise le débat public, il défend un modèle turc à son image et ambitionne de devenir le leader du monde musulman.
    Guillaume Perrier, journaliste et auteur, ancien correspondant en Turquie (Le Monde, Europe1,
    Le Point) a couvert l'actualité turque pendant une dizaine d'années.

  • Si éloignée en apparence, la Syrie n'émeut que lorsque les conséquences du conflit viennent endeuiller nos contrées. Si proche pourtant, elle est le véritable centre géographique de notre histoire et ils sont nombreux ceux ayant arpenté le " chemin de Damas " pour élaborer ce que nous peinons souvent à voir comme un héritage commun. Aveuglement volontaire ou non, il est désormais impossible de détourner les yeux du reflet que nous renvoie Damas. C'est notre avenir qui s'y joue. Notre monde a abandonné la Syrie et son peuple à une horreur inimaginable. Et cette horreur ne semble nous toucher que par ses " effets collatéraux ", les attaques terroristes menées sur notre sol. Pour qu'une telle indifférence soit devenue possible, il a fallu occulter tout ce qui dans l'histoire de la Syrie résonne dans notre propre mémoire. Il n'en est que plus urgent de renouer le lien avec la part de l'histoire universelle qui s'est déroulée là-bas. Qu'on le veuille non, Damas nous tend aujourd'hui son miroir. Dans ce livre alerte, inspiré, Jean-Pierre Filiu revisite en Syrie un passé aussi intimement mêlé au nôtre. Il évoque des figures que l'on croit familières, saint Paul, Saladin ou Abdelkader, et nous en fait découvrir bien d'autres, du " chemin de Damas " à l'" Orient compliqué ". La descente aux enfers de la Syrie, de ses femmes et de ses hommes, n'est ni une affaire d'Arabes, ni le solde de querelles immémoriales. Elle est épouvantablement moderne, car les bourreaux de ce temps, qu'ils soient jihadistes ou pro-Assad, n'invoquent un glorieux passé qu'à l'aune de leur projet totalitaire. Nous avons tous en nous une part de Syrie. Dans le miroir de Damas, nous comprenons mieux ce que notre monde est en train de devenir.

  • Pour l'État d'Israël, la principale source d'exportation vers l'Occident n'est pas faite de mandarines ou d'avocats, ni même d'armement ou de systèmes sécuritaires : l'essentiel, c'est la promotion d'une image, celle de l' « énergie créative » pour tout ce qui touche à la culture. « Les produits israéliens comme la littérature, la musique, la danse, le cinéma, l'art, la gastronomie, la science et les technologies, l'architecture et l'histoire sont des domaines culturels susceptibles de toucher les publics cible, particulièrement en Europe » explique un ex-député du parti de gauche Meretz.
    Or cette vitrine culturelle, comme le prestige international de l'université israélienne, masquent une tout autre réalité : les liens entre cette université et l'institution militaire, le rôle de l'université dans la recherche de nouveaux outils de combat et de renseignement, la discrimination des étudiants palestiniens, l'absence de protestation contre les guerres menées à Gaza... Et l'évidence que les écrivains, artistes et cinéastes du soi-disant Camp de la paix, d'Amos Oz à Amos Gitaï ou David Grossman, ne sont que des dissidents officiels tout à fait inoffensifs.
    C'est cette réalité-là qui explique le succès exponentiel du boycott académique et culturel dans le monde entier - et les réactions très vives du pouvoir israélien contre ce qu'il considère désormais comme une « menace existentielle ». Ce boycott ne concerne pas les personnes mais les institutions et ceux qu'elles soutiennent. Il n'est ni un obstacle au dialogue, ni un frein à l'action d'une « gauche sioniste » muette et paralytique. Il est un mode de résistance pacifique et parfaitement légitime.

  • Georges Corm raconte la complexité de la pensée arabe depuis le XIX e siècle, exposée ici de façon claire et exhaustive. Un livre qui complète utilement son travail majeur sur le monde arabe contemporain, Le Proche-Orient éclaté. Un retour à la paix dans cette région tourmentée dépend largement de la reconnaissance de la puissante dynamique de cette pensée, critique et profane, loin de l'image sclérosée qui en est souvent donnée. Cet ouvrage expose les multiples facettes de la pensée politique arabe depuis le XIXe siècle, attestant la vitalité de cette pensée et des grandes controverses qui l'ont traversée. Il montre que ses acteurs, loin d'être figés dans le carcan théologico-politique décrit par certains récits canoniques sur les Arabes et l'islam, ont souvent exprimé une pensée critique forte, sur les plans religieux et philosophique, anthropologique et politique. Inscrivant l'oeuvre de ces penseurs dans le maelström des bouleversements géopolitiques et socioéconomiques ayant marqué le monde arabe depuis deux siècles, Georges Corm explique comment les puissances externes ont contribué à marginaliser la pensée critique arabe. Cela a facilité l'installation hégémonique de la pensée islamiste, instrumentalisée par certains régimes arabes comme par leurs protecteurs occidentaux. En retraçant finement les avatars successifs du nationalisme arabe moderniste, confronté à partir des années 1950 au double défi de la création de l'État d'Israël et de la manne pétrolière, Georges Corm donne les clés pour comprendre les révoltes libertaires arabes de 2011, ainsi que les contrerévolutions et interventions externes qui les ont suivies. Un guide précieux pour se familiariser avec la complexité de la pensée arabe.

  • Alors qu'il existe plusieurs atlas de l'Égypte ancienne, aucun atlas de l'Égypte contemporaine n'avait encore été publié. Cet ouvrage vient donc combler un vide, en offrant au grand public un panorama illustré de l'Égypte au début du XXIe siècle. Réunissant les contributions d'une cinquantaine de chercheur.e.s, il présente, sous une forme cartographiée et vulgarisée, les faits saillants et les enjeux de l'Égypte actuelle en matière politique, géopolitique, économique, démographique, sociale, environnementale et culturelle. Il s'appuie, à cette fin, sur des ressources documentaires inédites : les cartes notamment, qui exploitent les résultats du recensement officiel égyptien de 2017, offrent une version actualisée du territoire. Pour mieux connaître et comprendre l'Égypte d'aujourd'hui.

  • L'Algérie arrive à un tournant de son histoire : est-ce pour autant la fin d'un régime antidémocratique ou le début du chaos ? Et avec quelles conséquences pour la France ?
    Comment parler d'un régime antidémocratique ? Comment évoquer une gouvernance qui bafoue sa propre constitution, en occultant ce qui la caractérise en premier lieu, la corruption et la gabegie ?
    Mohamed Sifaoui traite ici de la confiscation de tout un pays par un seul clan. Une sorte de clique qui, au lendemain de l'indépendance, usant de force, s'est imposée comme la seule autorité, au nom d'une prétendue " légitimité historique " glanée durant la guerre anticoloniale. L'interminable fin de règne d'Abdelaziz Bouteflika ne laisse transparaître aucune perspective pouvant garantir une stabilité pour ce pays.
    Oui, il nous faut poser la question : " Où va l'Algérie ? " Comme il est nécessaire de nous interroger sur les risques encourus par la France en cas de déstabilisation de l'autre côté de la Méditerranée.
    Un essai fondamental.

  • Le paradoxe saoudien

    Isabelle Laserre

    L'Arabie Saoudite est au coeur des changements géopolitiques qui bouleversent la région. Une radiographie du royaume wahhabite d'aujourd'hui et de demain, aussi influente et puissante qu'ambivalente, par une journaliste spécialisée en diplomatie et stratégie.
    Un pays en mutation... que l'Occident n'a jamais lâchéDes pilotes saoudiens de l'attentat du 11-Septembre 2001 à l'affaire Kashoggi, les alliés occidentaux de l'Arabie Saoudite auraient eu d'excellentes raisons de remettre en cause leur relation avec Riyad. Mais le royaume saoudien n'a jamais été lâché, car ses atouts stratégiques sont majeurs. Le royaume wahhabite est au coeur des changements géopolitiques qui bouleversent la région. Le repli" américain et le recul de la puissance occidentale ont favorisé l'affirmation de nouveaux États qui poussent leurs pions dans un Moyen-Orient en proie au chaos : Turquie, Iran, Russie... Mais l'Arabie fait la course en tête, devant la Turquie pour le leadership sur le monde sunnite, mais aussi devant l'Iran, dont Trump a fait son principal adversaire et dont le programme nucléaire militaire pourrait, à terme, devenir une menace pour Riyad.Allié géopolitique indispensable, l'Arabie Saoudite l'est aussi au plan économique. Elle exerce une influence déterminante sur les cours mondiaux du pétrole, achète des armes aux États-Unis et à l'Europe (notamment à la France) et investit ses fonds souverains partout dans le monde.Tel est le paradoxe : malgré son caractère autoritaire et répressif, l'Arabie Saoudite a beaucoup à offrir. Elle s'ouvre d'ailleurs peu à peu à la modernité sous la houlette de son prince réformateur, Mohammed ben Salmane. On voit ainsi fleurir cafés et salles de concerts dans les rues de Riyad ; les femmes connaissent un début de liberté et le rigorisme religieux est en perte de vitesse. Une ambivalence qui s'apprête à radicalement transformer la face du pays et ses relations au sein de l'échéquier international."

  • Trois ans après Le peuple veut, exploration radicale du soulèvement arabe, Gilbert Achcar analyse dans ce nouvel opus le blocage du processus révolutionnaire déclenché en décembre 2011 en Tunisie et la reprise en main, sous des formes différentes, par les pouvoirs en place.

  • Quelle perspective adopter pour comprendre l'histoire du Liban et de la Syrie depuis leur fondation comme États il y a près d'un siècle ? Comment analyser l'évolution des relations syro-libanaises ? À travers ses recherches sur les relations entre la Syrie et le Liban, sur les plans politique, économique, social et culturel, Elizabeth Picard nous donne les clés pour mieux comprendre les enjeux actuels, notamment depuis le déclenchement du soulèvement syrien.

  • Premières élections pluralistes, nouvelle constitution, multiplication des partis et des associations, montée des revendications des minorités sexuelles, régionales et religieuses, recomposition du personnel politico-administratif, explosion des conflits autour de la question sociale...

    Premières élections pluralistes, nouvelle constitution, multiplication des partis et des associations, montée des revendications des minorités sexuelles, régionales et religieuses, recomposition du personnel politico-administratif, explosion des conflits autour de la question sociale... Depuis 2011, la Tunisie vit en ébullition permanente, comme portée par la redécouverte du débat public, trop longtemps confisqué par un parti et un clan. Mais cette effervescence revendicative ne doit pas faire oublier que le pays a toujours été animé par une quête de démocratie.

    Ce livre, en replaçant les événements de 2011 dans le temps long, cherche à dépasser les représentations binaires dictature/démocratie, autoritarisme/pluralisme. Il s'attache à rendre compte des mutations culturelles, sociales et politiques, à décortiquer la part d'inédit et de créativité de la période post-Ben Ali et analyse comment elle s'accommode des structures héritées.

    En une vingtaine de contributions originales (analyses historiques, enquêtes de terrain, entretiens avec les acteurs), ce livre dresse un portrait à la fois sociologique et politique de la Tunisie d'aujourd'hui.

  • Aux portes de l'Europe se déploie un monde arabe et musulman, en pleine mutation depuis 2011, l'année des « printemps arabes ». Une curiosité nouvelle est née pour les pays qui en font partie.Cet ouvrage d'introduction et de réflexion sur la Turquie invite à la (re)découverte du pays à travers son histoire, sa société, sa politique, son économie, sa culture. Il offre une vision synthétique qui permet de mieux comprendre l'actualité immédiate.

  • Formant un État fédéral, grâce à la volonté de cheikh Zayed Ibn Sultan el Nahyan, les Émirats arabes unis ont réussi à acquérir rapidement une place de poids et de choix dans le Golfe arabe et dans la géopolitique régionale. Fermement engagé contre la menace des groupes politico-religieux extrémistes, ce pays stable et prospère, à la pointe des nouvelles technologies, est devenu une puissance dans une région du monde qui reste un centre névralgique et stratégique de stabilité internationale.

    Une réflexion prospective sur le rôle de ce pays dans le nouvel équilibre du monde est à ce titre nécessaire. C'est l'objet de cet ouvrage. Il s'agit de présenter ici d'une manière objective et complète les principaux aspects de la géopolitique des Émirats arabes unis à travers son histoire, ses institutions, sa société, son action contre l'extrémisme religieux, son développement économique, sa politique étrangère, ses enjeux régionaux, et les questions de défense et de sécurité.

  • Huit ans plus tard, que reste-t-il des «printemps arabes»?
    Une situation de guerre et de contre-révolution domine la région. Au premier chef, en Syrie, au ­Yémen et en Libye, bien sûr. Mais, en réalité, sous une forme menaçante, larvée ou discontinue, aucun pays n'y échappe complètement.
    Instrumentalisés par les grandes puissances, ces conflits deviennent également, et de plus en plus, la scène où s'affirment et s'entrechoquent les intérêts et rivalités des puissances régionales émergentes (Iran, Arabie saoudite, Turquie...).
    Le risque, toutefois, est de s'en tenir à une lecture uniquement géopolitique et occidentalo-centrée, autour des stéréotypes que les révolutions arabes avaient justement fait voler en éclats, pour se figer dans le (faux) dilemme de la dictature ou du chaos. Et d'occulter les acteurs, les enjeux et la dynamique des luttes sociales à l'oeuvre.
    La déclinaison des guerres actuelles renvoie moins aux effets qu'aux causes et revendications des soulèvements de 2010-2011, dont l'onde de choc se fait encore ressentir aujourd'hui.
    Ainsi, ces dernières années, du Rif marocain à l'Iran, de Kobané à Gaza, en passant par la Jordanie, de fortes mobilisations sociales ont secoué une région, marquée par les inégalités et la jeunesse de sa population... et continueront de la secouer à hauteur de la demande de «pain, liberté et justice sociale».

  • Beaucoup de choses ont été alléguées, colportées, dites et écrites sur tout ce qui tourne autour des Services de Renseignements israéliens (SR) considérés comme les meilleurs du monde. Le présent ouvrage s'efforce de retracer la saga des Services secrets de l'État hébreu, mais aussi de donner un aperçu de leurs activités et de leur manière de conduire leurs opérations dans le cadre des crises récurrentes qu'ont connues le Proche et Moyen-Orient.
    Ce livre démystifie en grande partie la légende qui entoure ces SR israéliens. À côté des chapitres consacrés à chacun des SR ayant existé en Terre Promise (côté israélien), l'auteur choisit de revenir sur quelques affaires emblématiques de l'histoire de ces centrales de Renseignement d'un genre un peu particulier.
    /> De fait, il n'entrait pas dans l'objet de ce livre de traiter de manière détaillée de faits comme la traque des criminels nazis - excepté celle d'Eichmann - ni l'intégralité de la guerre de l'ombre qui oppose, d'un côté, les SR de l'État hébreu et de l'autre les Palestiniens ou les Iraniens. Sur ce point seront abordées la traque des auteurs de la tragédie de Munich, ainsi que la guerre qui oppose, notamment par le biais de la stratégie de la décapitation, Tel-Aviv aux mouvements d'opposition armés palestiniens.

  • Existe-t-il encore un camp de la paix en Israël ? Au début des années 1980, il occupait une place centrale, jusqu'à faire descendre dans la rue des centaines de milliers de personnes. Mais depuis, il semblait décliner alors que le conflit israélo-palestinien s'enlisait dans la violence, surtout avec la seconde Intifada. Aujourd'hui, il peine à se faire entendre et à mobiliser en masse. Ce livre en retrace l'histoire, avec ses succès et ses échecs.

    C'est surtout après la guerre des Six jours que le mouvement de la paix prend forme, aussitôt confronté aux partisans d'une colonisation à outrance des territoires conquis. Mais son étoile pâlit à mesure que la question palestinienne s'invite dans le débat national et que les attentats-suicide sapent la confiance dans le processus de paix engagé par Yitzhak Rabin. Le terrorisme a déstabilisé une opinion publique de plus en plus obsédée par sa sécurité ; le sentiment gagne que les "colombes" mènent un combat aussi illusoire qu'inactuel. Pourtant, le mouvement de la paix n'a pas disparu. Il s'est métamorphosé, donnant naissance à une multitude de petites organisations d'une vitalité insoupçonnée, y compris en Israël même : forum de familles endeuillées, associations de réservistes, de médecins, de juristes, des vigies des droits de l'homme et même d'anciens hauts responsables de la diplomatie et de la sécurité. Ce sont ces héros, nombreux et souvent méconnus, que cette enquête fait découvrir.

  • L'Algérie, plus grand pays d'Afrique, est un acteur politique et économique central du Maghreb et du bassin méditerranéen. Issu d'une riche histoire mélangeant un fond berbère encore vivace et des influences punique, latine, arabe et française, le pays est libre depuis 1962, à l'issue d'une longue guerre contre la France. Mais la mainmise des militaires sur la politique algérienne a anéanti les espoirs suscités par l'indépendance. Traumatisée par une ouverture démocratique avortée en 1992 et par la décennie de guerre civile qui s'en est suivie, l'Algérie a observé avec défiance les tumultes du « Printemps arabe » chez ses voisins. Dans un environnement régional et international incertain, le régime joue plus que jamais la carte de la sécurité et de la stabilité, tout en achetant la paix sociale par une redistribution clientélaire du revenu des hydrocarbures.

  • Cet ouvrage permet de découvrir l'histoire des militants d'extrême gauche et islamistes tunisiens et leur combat politique de jeunesse notamment sur les campus universitaires. Il offre des clés de lecture historiques et sociologiques essentielles pour décrypter trajectoires et stratégies de cette génération, dont une bonne partie a accédé à des positions de premier plan depuis le départ de Ben Ali en 2011.
    À partir de l'analyse des données biographiques de 250 activistes « gauchistes » et « islamistes », l'auteur montre quels sont les ressorts et les motivations de l'engagement politique dans un régime où le risque encouru s'avère en général plus important qu'en régime dit « démocratique ».
    L'apport majeur de ce travail demeure la notion d' « origines socio-identitaires » (élite médinale, médinale, publicienne et extra-muros) qui permet de comprendre les logiques d'intérêts sous-tendant les conflits politiques au-delà des oppositions habituelles entre « classes sociales » ou « courants idéologiques » et de penser la diversité des destinées individuelles, notamment professionnelles, de manière plus complexe qu'uniquement à travers la notion d' « origine sociale ».
    Ainsi, cet ouvrage montre en quoi les tensions sociales et politiques, qui jalonnent l'histoire de la Tunisie et qui sont toujours d'actualité en 2017, sont le reflet d'une lutte entre élites séparées par l'origine sociale et géographique, la maîtrise du bilinguisme des membres de leur parentèle et les traumatismes politiques et familiaux transmis durant l'enfance.
    Au-delà de sa contribution à la sociologie dumilitantisme et des élites, l'auteurmet en évidence la fracture socio-identitaire qui trace les limites de la citoyenneté dans la Tunisie d'aujourd'hui et donne surtout des clés pour défier la persistance des mécanismes de répartition du pouvoir dans une Tunisie où l'exigence d'inclusion et de justice demeurent des ressorts puissants de contestation et de violence.

  • L'Afrique est riche, mais ses habitants sont pauvres. La récente tragédie de la vente d'esclaves en Libye illustre l'échec des États de l'Afrique subsaharienne à se développer, tant sur un plan économique que social. Comment l'expliquer ? Les traumatismes et complexes historiques mal évacués empêcheraient-ils toute cohésion dans l'action ?

    Développer l'Afrique n'est plus une question de mimétisme, mais de survie, qui exige de se risquer dans des méandres inexplorés, de violer des tabous irrationnels, de vaincre les groupes d'intérêt et surmonter les idées reçues autant que les susceptibilités. Le sous-continent souffre d'amalgames où se juxtaposent des processus de constructions nationales inachevées, des mécanismes juridiques incomplets, concurrencés par des droits coutumiers encore trop vivaces et l'émergence d'une culture de survie elle-même contre-productive.

    En s'appuyant sur des travaux d'économistes ainsi que sur son expérience de haut fonctionnaire, Hervé Mahicka préconise une transition systémique d'envergure, notamment par la modernisation du jeu politique, la refonte des attributions de l'État africain, la distribution des richesses réelles aux populations pour une économie de marché privée intérieure ou encore la révolution culturelle.

    Un essai original et innovant, dont l'objectif est d'aider à réaliser la prémonition de Jacques Attali - faire que la seconde moitié du XXIe siècle soit africaine.

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