Arts et spectacles

  • La vieille dame au bord du canal s'exprimait avec un bel accent d'ailleurs : « Regardez ce qu'est devenue Décines maintenant, avant il n'y avait rien du tout. » Longtemps, Décines fut un village presque immobile, figé dans une existence champêtre aux portes de Lyon. dans le voisinage de Villeurbanne et Vaulx-en-Velin. En 1923 s'éleva une cheminée de cent dix mètres de haut, celle d'une usine de soie artificielle attirant des ouvriers de tous les horizons. Il s'y parlait, dans le désordre, des langues jamais entendues jusqu'ici. La pauvreté de l'Italie et de la Pologne. la défaite des armées blanches en Russie, le génocide de 1915 sur les plateaux d'Arménie firent se croiser des destinées dissemblables en ce minuscule point du globe, en cette banlieue où les rescapés des malheurs du monde rencontrèrent les paysans du Dauphiné. À l'époque du Front populaire 55 % d'immigrés, 80 % d'ouvriers donnèrent à la cité son visage moderne. Le passage à la ville de vingt-cinq mille habitants d'aujourd'hui s'est fait dans la solidarité du travail, les peines de la guerre, les fêtes et les deuils du temps qui s'écoule. La conjugaison des documents d'archives, d'un traitement informatique des recensements anciens révélant la structure sociale, de la mémoire enfouie des habitants minutieusement recueillie, fait naître le tableau d'une communauté humaine singulière et universelle, au passage du millénaire.

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