Vide Cocagne

  • En 2013, Vide Cocagne sortait Les Désobéisseurs du Service Public. Dans cet ouvrage collectif, se rencontraient des auteurs de bande dessinée et des salariés de différents services publics (EDF, ONF, éducation nationale, travailleurs sociaux...) en conflit avec leur hiérarchie. A travers leurs portraits, c'est une certaine idée des services publics qui apparaissait mais également un témoignage fort sur l'importance et les moyens à mettre en oeuvre pour le défendre.
    Sur ce modèle (des auteurs rencontrant des salariés), il est question cette fois d'un sujet plus précis, l'hôpital, et plus généralement la santé aujourd'hui en France. Pour ce livre atypique, a été choisi comme « décor » le CHU de Nantes. Le but est de raconter des histoires autour du thème de l'hôpital. Ce livre est un recueil de reportages, chroniques contemporaines, rencontres dessinées. Lieu de passage obligé pour tous, l'hôpital ne se résume pas au triptyque malade/médecin/visiteur ; l'intérêt d'un thème comme celui-ci, c'est son énorme richesse humaine et son huis-clos spatial : un concentré d'humanité où s'y déroule une infinité de situations et d'histoires.
    Ont participé au projet : Gwendoline Blosse et Brigitte (conseillère conjugale et militante du planning familial), Nicolas de la Casinière et Jean-Luc (médecin anesthésiste à la retraite), Thierry Bedouet et Sophie (infirmière en réanimation chirurgicale), Camille Burger et Jeannie (employée d'une entreprise extérieure de nettoyage) et Benjamin Adam et Emmanuel (infirmier aux urgences psychiatriques) mais aussi Fabien Grolleau et Thomas Gochi.

  • Dans une logique éditoriale entammée il y a quelques année avec nos recueils de témoignages Les Désobéisseurs (2013), puis Hôpital Public (2016), nous avons voulu proposer une réflexion autour de la réflexion féministe, particulièrement d'actualité aujourd'hui où l'égalité homme/femme, toujours pas acquise, est particulièrement attaquée.
    Nous avons choisi pour se faire de mettre en BD un certain nombre de témoignages, parlant des femmes aujourd'hui. Nous avons donc proposer à Marie Gloris Bardiaux Vaïente, autrice et membre du « Collectif des Créatrices de BD contre le sexisme », d'en devenir rédactrice en chef. Elle a réuni autour d'elle une équipe d'autrices avec le souci d'aborder des sujets variés, graves, inconnus, autour de leurs vies de femme, d'autrices BD ou de questions plus larges autour de la condition féminine : harcèlement de rue, clichés sexistes, intersectionnalité, langage inclusif, transsexualité, prostitution...
    Comme pour nos autres recueils, ce livre ne se veut pas exhaustif mais ouvert, il a pour objectif de faire débat, d'ouvrir les yeux, de poser des questions, avec l'espoir d'être une pierre de plus à la lutte pour l'égalité homme/femme.

  • « Comment se faire oublier quand on est victime d'une rumeur qui prend de l'ampleur ? Priscilla a changé de lycée. Elle va passer le reste de l'année à l'internat. Entre filles. C'est pour elle l'occasion de tout recommencer.
    Et cette fois, plus question d'être la victime. Quitte à en trouver une autre. » L'actualité est riche de ces faits divers: harcèlement sur les réseaux sociaux, collégiens ou lycéens jetés en pâture virtuelle, photos intimes volées et partagées sans consentement - de la pure violence numérique.
    Mais qu'en est-il pour ces jeunes filles qui grandissent, deviennent adultes, et découvrent une sexualité bien plus complexe que ce que l'on en dit ? Bruits de couloir nous immisce dans le quotidien de quatre lycéennes, explore leurs relations, et interroge sur ce qui se joue dans le harcèlement, sur les conséquences psychologiques qu'il peut avoir.

  • Quelque part, dans un paysage de forêt et de montagnes, se tient une usine rouge, déversant jour et nuit ces volutes noires. Le narrateur, un double de Bastien Bertine, décide de s'y engager pour comprendre ce qui s'y joue : comprendre ce que vivent ses amis qui y travaillent, ses proches, les habitants de toute une ville. Il découvrira l'horreur quotidienne des bruits permanents, des odeurs de poissons morts qui imprègnent malgré la douche, des démangeaisons et de la crasse ; mais aussi les accidents mortels qui "arrivent" et contre lesquels "on ne peut rien" .
    Il rencontrera des ouvriers qui voient sa présence de "bleusaille" ou comme un vent de fraîcheur ou comme une intrusion méprisante. Car le narrateur dessine, l'usine, ses ouvriers : lui, il le sait en arrivant, n'est qu'un témoin de passage ; mais combien d'autres y sont pour la vie ?
    Bastien Bertine par son dessin et ses couleurs apporte une poésie, une touche de décalage à l'observation fictionnelle de ce monde absurde et sans pitié.

  • Désobéisseurs est un ouvrage collectif sur des salariés du secteur public qui résistent au démantelement de leurs services. Cet album, créé à l'initiative et en partenariat avec des enseignants désobéisseurs de Loire Atlantique, se propose à travers le portrait d'une dizaine de "résistants" de faire le bilan et d'illustrer les conséquences sur la population du désengagement de l'état, afin d'y sensibiliser le grand public. Se basant sur le témoignage de différents salariés du secteur public (instituteur, postier, travailleurs sociaux, ONF, infirmier...), les auteurs retranscrivent avec brio la réalité d'un service public en déliquescence.

  • Il y a d'abord le récit biblique : Judith s'offre au terrible guerrier Holopherne dans une nuit d'ivresse et d'amour, avec pour but secret de le décapiter avant la levée du jour et ainsi sauver son village. Et puis il y a ce qu'Alexandre De Moté fait de cette histoire vieille comme le monde, retranscrite aujourd'hui en une fable drôle et absurde, une terrible histoire d'amour, de beauté, d'art, de folie et d'humour... où tout tourne autour d'une obsession : il faut décapiter Holopherne ! Après Je n'ai jamais dit je t'aime paru en 2017, nous continuons ainsi notre chemin avec Alexandre De Moté, vrai romantique de la BD doublé d'un absurde belge.
    L'auteur explore une voie très personnelle dans la bande dessinée contemporaine : cette fois, c'est une vraie fiction dramatique qu'il nous propose, une recette subtile dont les ingrédients sont chipés chez Shakespeare, Le Caravage, Magritte ou encore les Monty Python.

  • Cédric, jeune étudiant en art, tombe sous le charme d'une jeune fille qui l'entraîne dans une association de défense de la culture et l'art indiens. Il ne la reverra jamais. Mais il va se passionner pour ce peuple, pour les gens qui les soutiennent en France. Son travail et sa vie vont en être grandement influencés.
    Le temps où on enfilait des perles est un titre à double sens, il évoque évidemment ce temps perdu, idéal, de l'Amérique indigène d'avant l'arrivée des Blancs; mais aussi plus ironique, ce temps de la jeunesse paumée de Cédric, où l'on se croit indien, où l'on glandouille, où l'on se cherche dans la nostalgie d'un autre univers. Éric Colocho livre ici un récit d'aventures marginales, un « road-comics » plein de personnages perdus, minables mais attachants comme on les aime. Il sert son histoire d'un trait en noir et blanc très original, contrasté et hachuré, aux proportions étonnantes. On sent l'attachement et l'amour de l'auteur pour ses personnages et pour ces peuples lointains, son regard est à la fois tendre et lucide, jamais cynique. Son histoire fait un pas de côté du monde moderne et montre ces gens un peu perdus, dont l'idéal se situe quelque part à l'ouest, dans un temps perdu où l'on enfilait des perles.

  • Espagne en temps de crise, l'entrepreneur capitaliste Jesús « El Pocero » a tout perdu, la ville qu'il a tenté de construire est en ruines. Chassé de sa villa par les huissiers, il est contraint de côtoyer le peuple qu'il a tant exploité. Il fait alors la rencontre du charismatique maire communiste d'un village utopiste, Jesús Sanchez. Les deux Jesús s'affrontent comme chat et rat, dans un duel de visions du monde qui n'est pas sans réveiller en nous le souvenir nostalgique des confrontations Peppone/Don Camillo ! Revigorante saga picaresque, El Mesías (le messie) est une comédie sociale jouissive ! On y brocarde la politique, le peuple, l'Espagne, avec une vigueur joviale et communicative sous l'ombre revendiquée du grand Don Quichotte ! Le récit est bien ancré dans une réalité sociale contemporaine, de la crise à Podemos. Une écriture enlevée servie par un dessin charbonneux mais tellement vivant et inventif, un duel entre la langue espagnole et le trait flamand qui fait des étincelles.

  • D'ailleurs

    Alain Munoz

    Antonio est un chasseur, un ramasseur de champignons. Un jour, il prend prétexte d'un devoir d'école pour raconter son enfance à son petit-neveu (qu'on imagine être Alain Munoz, l'auteur lui-même). Il se souvient de la guerre d'Espagne, du terrible Général Franco, des bombes et des raids aériens, de la peur et surtout de l'exil. C'est l'époque de l'exode forcé de milliers d'Espagnols qui fuient le fascisme vers la France, mais qui - comme toute cette génération - n'a jamais pu considérer ce pays autrement que comme une « cachette », les Pyrénées comme une sorte de « talus derrière lesquels on se blottit pour que le grand méchant loup ne nous trouve pas ». Servi par un trait expressionniste puissant mais minimaliste, ce récit personnel nous touche par sa pudeur, celle d'un homme qui s'est toujours senti « d'ailleurs ».

  • Mon petit Ponant

    Nicoby

    Mon Petit Ponant est un recueil de trois histoires :
    - Ouessant.
    - Sein.
    - Le Paradoxe îlien.

    Invité en résidence, Nicoby se met en scène dans sa découverte des îles bretonnes du Ponant.
    Sous forme de carnet de voyage, il raconte le quotidien de ces lieux coupés du monde : les activités des habitants, le régime alimentaire, la vie locale en général. C'est un petit voyage géographique et gastronomique léger et plein d'humour !
    Mon Petit Ponant s'inscrit dans la continuité de ses livres autobiographiques (mais romancés !) tels que Poète à Djibouti, déjà chez Vide Cocagne, Une Vie de papa ! Dargaud, et dans le même esprit son Manuel de la jungle chez Dupuis ... Il y montre une grande maîtrise de l'autodérision et fait preuve d'un humour faussement vachard, véritablement tendre, sur les pays ou les situations qu'il explore.

  • « Tu sais, on n'est pas obligé d'exprimer ses sentiments avec des mots, des fois les dessiner c'est bien aussi. » Voilà le conseil rassurant qu'Alex reçut de son père face au désarroi du jeune dessinateur de ne pas réussir à verbaliser ses ressentis. Plusieurs années plus tard, suite à une rupture amoureuse, Alexandre de Moté nous confie ses sentiments en images à défaut de les dire à voix haute. C'est le récit d'une histoire d'amour passionnée, compliquée, qui décrypte chaque émotion provoquée par celle-ci.
    L'auteur évoque également ses souvenirs d'enfant, la relation avec son père, sa difficulté à communiquer avec lui ; mais surtout, il raconte comment la bande dessinée l'a construit, soutenu et lui a permis de s'exprimer. Une histoire complexe, émouvante, profonde et mélancolique ; une définition moderne d'un romantisme.

  • « Quelque chose nous a échappé ». Un petit rien, un glissement, peut-être juste un moment qu'on n'a pas compris ? Une parole qu'on n'a pas écoutée ou juste prise à la légère ? Peut-être? Et si ? Quel est ce « petit rien » indéfinissable qui a pu effacer le sourire de l'enfant joyeux, intelligent, drôle et promis à un bel avenir qu'on adorait ? Et le transformer en un adulte perdu dans son désespoir, loin, englué dans les paradis artificiels de l'alcool, de la drogue et des médicaments ? « Paradis artificiels » si proches d'une définition de l'enfer sur terre.
    Quelque chose nous a échappé raconte la perdition d'un homme, la culpabilité de ses proches, dont Juan Pablo Miño, l'auteur.
    Oui, nous vivons quand il s'enfonce, oui, nous oublions l'enfant, le copain parce qu'il y a le temps, il y a la vie ; la vie que lui refuse.
    Quelque chose nous a échappé est un livre fort, touchant, écrit avec tendresse et humour aussi bien dans les mots de Juan Pablo Miño que dans les dessins-mots de Gwendoline Blosse, un livre si familier aussi : qui n'a pas croisé par hasard, au coin de la rue, le copain oublié qui, grossi, vieilli, aigri, s'est perdu en chemin.

  • « Canis Majoris » est un livre intime de Loïc Locatelli-Kournswky, qui évoque le suicide d'une tante, et surtout la culpabilité qu'il ressent : « qu'aurais-je pu faire si j'avais su ? ». Un sujet universel et finalement peu raconté. Loïc traite cette question impossible dans une BD à la fois réaliste et onirique.
    Une femme dans la neige.
    Le livre de Loïc parle de cette femme, une tante qui s'est donné la mort ; mais pas seulement. Il parle de lui, l'auteur, de ses proches, du mal-être face à cette mort subite, des liens distendus par le temps, de ses origines russes. La force de Canis Majoris est d'évoquer cette douleur, cet entrelacs de sentiments complexes, par l'image délirante, convoquant fantômes du passé, esprits et visions au delà du réel et du temps.
    Un puissant récit graphique qui se frotte brutalement au mystère de ce choix ultime fait par cette femme dans la neige. Tout sauf accablant, impudique ou pire explicatif, c'est par le panache et l'éclat des images qu'il cherche l'intime.

  • Renata est une jeune fille mal dans sa peau. Depuis quelques temps, elle ressent d'étranges frissons qui se révèlent être une sorte de pouvoir : elle pressent les menaces.
    Malgré ce don, elle n'a pas pu prévenir le vol de son ordinateur. Au hasard d'une soirée, elle retrouve les voleurs mais les deux compères ne lui rendent pas de suite son précieux bien : commence alors un jeu vicieux de chantage et de mise en confiance, une aventure entre marginaux qui, chacun à leur manière, cherchent leur place. Le livre d'Aniss El Hamouri est un long périple violent à travers la vie d'une jeune fille en souffrance : un récit âpre et poétique au service d'un trait nerveux et contemporain, qui ne cherche pas à séduire, mais à raconter la folle épopée glauque de Renata, triste et fragile chenille en transformation vers sa forme ultime de papillon de nuit. Le travail de l'auteur tourne autour de la métamorphose : comment réussir à changer malgré la violence du monde, de la maladie, comment éclore dans un milieu hostile et enfin se trouver ?

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