L'employe Du Moi

  • Muriel c'est la petite nouvelle pensionnaire de la prison. Condamnée pour avoir poussé son père sous un train à l'âge 8 ans. Il va aujourd'hui falloir qu'elle s'adapte à la dure vie carcérale. Elle va pouvoir compter sur l'aide de Nina, sa compagne de cellule. Mais est-elle vraiment l'auteur du meurtre, elle ne se souvient plus, elle ne sait plus très bien, après tout elle détestait son père. L'unique preuve est un enregistrement audio de l'incident qui a refait étrangement surface 20 ans plus tard.
    En fait, Muriel est une chouette fille, pas bien compliquée et c'est pour cela qu'on l'aime bien. La vision du milieu carcéral féminin est ici peu banale et débouche sur un récit tragi-comique, parfois burlesque, réellement émouvant.

  • Modèle réduit est l'histoire d'un jeune père retranché depuis la naissance de son fils dans le grenier de la maison familiale. Visiblement incapable de faire face à l'arrivée d'un enfant, il s'emploie avec obsession à peaufiner une énorme maquette de train électrique, avec sa gare, son village, ses montagnes creusées de tunnels. Ce monde miniature et idyllique devient dans ses rêves le décor des premières rencontres avec celle qui deviendra sa femme, moments précieux et chéris qu'un bébé géant, titubant et maladroit vient envahir et menace de détruire à tout moment.
    Couché sur le plancher, ce père absent observe jour après jour à travers un trou du plancher la vie se dérouler sans lui, naviguant entre la honte, l'obsession, et l'amour pour les siens.

    Cédric Manche est l'un des fondateurs de l'employé du Moi. C'est aussi l'auteur trop rare de «Panorama» et de «J'ai tué Géronimo» (publiés en 2004 et 2007 par Atrabile).
    Il livre ici un récit presque muet au découpage méticuleux. Son trait précis et virtuose rehaussé au lavis donne à ce récit dense une douceur sur-réelle, qui accompagne la perte de repère de son personnage principal en nous faisant glisser sans heurt de la réalité au songe, et du monde réel à sa reproduction en maquette.
    Ce 24eme livre de la collection 24 clôture la collection vingt-quatre.

  • Cowabunga est le cri de guerre des Tortues Ninja. Max et Cédric ont une dizaine d'années et le scandent à tue tête en faisant du skate. Alors qu'ils finissent leur des-cente, les deux enfants croisent le chemin d'un chien errant. Cette rencontre anodine tourne vite à l'accident. Les souvenirs d'enfance restent souvent flous et fragiles, mais certains marquent pour toujours. Celui-ci restera gravé dans la mémoire des garçons. L'accrochage avec l'animal est raconté dans ses moindres détails : la peur, le répit, le souffle de la bête, la morsure, la douleur et l'attente. Le salut viendra de sa mère, protectrice et aimante, véritable héroïne de l'histoire. Ce jour-là, aux yeux de Max, sa mère est aussi forte que les tortues.
    /> Auteur et éditeur au sein de L'employé du Moi, Max de Radiguès aime écrire pour les adultes et pour les jeunes. On lui doit le récent 520km (Sarbacane), Pendant ce Temps à White River Junction (6 Pieds Sous Terre) et L'Âge Dur (Employé du Moi). Il nous livre ici un récit tout public, qui raconte un épisode encore très vivace de son enfance.
    Réalisé à Montréal pendant les 24 heures de la bande dessinée en 2011, le récit a été complètement redessiné et mis en couleur (à l'aquarelle !) pour cette publication.

  • Quel est le point commun entre Olive Booger et Franz Kafka, Thomas Jefferson ou encore Daniel Radcliffe ? L'AVF - L'Algie Vasculaire de la Face, un mal chronique qui inflige aux individus qui en souffrent une douleur extrême et handicapante dans leur vie de tous les jours.
    Pour Olive Booger, Tournevis est la représentation physique la plus évocatrice de son supplice. C'est juste un tournevis. Avec un long clou rouillé accroché au bout. Elle l'enfonce énergiquement dans mon oeil. « Elle », c'est La Mort qui veille, fantas-mée dans son habit traditionnel et sa faux, annonciatrice silencieuse d'une nouvelle crise. Une relation ambiguë que l'auteur dissèque au cours d'une autobiographie teintée d'humour et d'onirisme. Son dessin expressionniste, riche en métaphores, donne corps à ses épisodes migraineux.
    Tournevis est le dix-huitième livre de la collection Vingt-Quatre. Ce dernier se dé-marque par sa densité, ses couleurs acides et sa précision documentaire.

  • Stunt

    Sacha Goerg

    Stunt démarre sur une scène de vie quotidienne des plus étranges : à bord d'une péniche, un couple composé d'une jeune fille androgyne et d'une boule d'eau en lévitation, douée de parole, sont aux prises avec un problème d'antenne télé qui met en péril une soirée de foot. On y découvre ensuite un cascadeur amateur aussi audacieux que maladroit, une cascade entre train à vapeur et péniche, un sauvetage, et même un robot humanoïde détraqué qui vend des glaces... Stunt est un récit trépidant à la frontière entre réalisme, fantasmagorie et grotesque. La cascade est bien le centre du récit, puisque qu'on y entrechoque des personnages et des situations improbables, dans lesquelles Sacha Goerg fait fuir, sauter, tomber, courir ses personnages avec un plaisir communicatif. Travaillé en couleur directe, le dessin fluide donne corps au récit, enchante par la finesse et l'économie de ses traits, la grâce des corps en mouvement et l'évocation des matières.

  • Un étrange bâtiment au milieu d'une drôle de forêt où deux amis un peu trop curieux s'aventurent. Ils embarquent avec eux le lecteur dans une déambulation sombre et absurde. « Les têtes de gras » sont des créatures au physique déroutant, des êtres de chair qui ne ressemblent à rien de concret et qui semblent avoir pour seule finalité de servir « d'êtres de compagnie » vers lesquels des personnes en détresse (malades ou dépressives, solitaires ou âgées) pourront diriger toute leur affection. Le remplaçant, idéal et bien plus pratique, des chiens, des chats ou des perruches. Ces têtes de gras sont élevées dans d'improbables bassins de liquide constitué de molécules génétique-ment modifiées, de crachats... Le protagoniste principal, révolté par le destin de ces petites bêtes, décide d'agir et de faire sauter l'usine qui les abrite.
    Michel Esselbrügge est le démiurge de cet univers si proche de notre monde mais où notre logique paraît anormale. Ce jeune dessinateur allemand, insuffle dans la bande dessinée actuelle un vent de renouveau : petit maître de l'irrationnel et de la ligne « punk » qu'il mélange dans le but d'exploiter une fiction onirique et poétique. L'Usine à Têtes de Gras peut aussi se lire comme une métaphore politico-sociale dans laquelle les affres de la solitude et de la disparition du lien social transparaissent.

  • Dans une forêt automnale, un couple cherche distraitement des champignons. Ils se taquinent, elle dessine à la craie l'ombre de l'homme sur un mur de briques abandon-né, puis ils sont surpris par la pluie et s'abritent sous un abri improvisé. Dans un autre temps et ailleurs, le même homme est de retour du travail. Perdu dans ses pensées, il est soudain le témoin impuissant de la mort violente d'un passant.
    Ces deux anecdotes, seulement liées par leur protagoniste, se mélangent dans Barbe-cue, ou plutôt se fondent l'une dans l'autre comme dans un moment d'absence. Si le livre retrace avec précision deux moments vécus, le dessin de Bertrand Panier est le sujet même du livre. Les hachures fines qui saturent la surface de la planche font naître un espace indécis, à la fois profond et tout en surface. Les événements décrits par le récit deviennent, grâce au traitement graphique, à la fois des anecdotes légères et moments universels.

  • La Beauté est un livre brutal sur une situation réelle, celle de soldats pendant un conflit, des violences perpétrées, de ceux qui les infligent et de ceux qui les subissent.
    Une jeune recrue envoyée dans un pays en guerre cherche la beauté dans les images du ciel qu'il enregistre avec son caméscope. Entre deux séances de torture, la fixation béate de ces longs plans lui donne le détachement nécessaire à la bonne exécution de sa tâche. Du moins le croit-il.

  • Jean-Luc organise régulièrement de petites sauteries entre collègues dans un appartement témoin, pour tromper l'ennui de la vie de bureau dans son agence immobilière de province.
    Au cours d'une de celle-ci, Mattéo, dernier arrivé dans l'équipe, annonce avec arrogance son départ prochain pour un meilleur emploi. Dans la dispute qui suit, Jean-Luc tue le jeune homme à coup de poing devant deux employés. Jean-Luc promet à ses collègues qu'il fera disparaître ce corps encombrant et que tout pourra redevenir comme avant. Mais personne, pas même lui, ne peut vraiment y croire. Cet événement révèle peu à peu la grande fragilité de cet homme qui croyait avoir construit sa vie professionnelle et familiale sur du roc.
    «Un corps» a été dessiné au crayon par Lucie Castel et coécrit par Philippe Vanderheyden. Le trait expressif et les couleurs tranchées de Lucie appuient avec cruauté de la lente descente aux enfers d'un homme simple.

    Lucie Castel a travaillé 4 ans aux éditions Flblb et habite actuellement Bruxelles. Elle a publié dans le collectif Afghanistan (FLBLB, 2011), ainsi que dans de nombreux fanzines, et réalise actuellement des illustrations et BD-reportages pour Alter échos, un journal bruxellois.
    Philippe Vanderheyden est un des membres de la maison d'édition l'Employé du Moi. Il a scénarisé «Les dunes» (2007) avec David Libens, «Du sang sous le sapin» (2009) avec Alex de Moté et de courts récits aux côtés de différents auteurs dans des livres collectifs, notamment «CRRISP !» et dernièrement dans «Sweet 15».

  • Le chaos s'installe dans un étrange troupeau d'herbivores lorsque son leader, vieux et affaibli, s'isole pour agoniser. Avant de mourir cependant, il choisit son successeur et l'envoie chercher la compagnie des hommes, seule à même de le former à reprendre la tête du groupe. La rencontre entre l'animal et un jeune couple occupant un phare sera en effet pour lui riche en enseignements. Ce que l'animal comprend au contact de la société des hommes le rend capable de devenir le leader de son groupe. Mais l'a-t-il appris en mimant le comportement de ses maitres ou par rejet de ce qu'il a vécu à leurs côtés ? Le récit, riche en métaphores, donne autant de réponses qu'il pose de questions. Bien que court, il adopte tour à tour le point de vue animal et humain. Chacun reçoit un traitement graphique particulier : le premier chapitre adopte le point de vue de l'animal, le second celui des hommes et le troisième fusionne les deux.
    Ressources humaines a été dessiné lors des 24 heures de la bande dessinée 2010, et entièrement redessiné pour l'édition papier.

  • Porsmeur est une balade le long de l'océan.
    «Ce sont les marins qui donnent leur nom aux rochers, et les formes qu'ils voient de la mer ne sont pas les nôtres».
    En parallèle de l'évocation de son adolescence, fondatrice et pourtant lointaine, Nylso offre, grâce à son trait précis et nerveux, des dessins puissamment évoca-teurs de la rencontre entre la marée, les rochers et les hommes qui ont osé vivre à leur contact

  • Du nouveau pour toi et moi, c'est la naissance de l'amitié, c'est l'insouciance et la grâce de la naïveté. Imaginez la banlieue américaine, l'ennui du WE pourtant tant atten-du, et imaginez le spectre des possibilités : partir à l'aventure dans le jardin déserté, découvrir de nouveaux mondes dans les caisses d'un sombre grenier !
    La vie est faite de petits riens : petites angoisses, petites tristesses et petits conflits. Le trio d'enfants que nous offre Joseph Lambert va vite s'en rendre compte. C'est grâce à ces accidents riches d'émotions que ses inséparables protagonistes arriveront à traver-ser leurs jeunes années avec vitalité et curiosité.
    Après un très long travail sur son livre Annie Sullivan & Helen Keller, Joseph Lambert retourne à son premier amour, le récit court. Il continue d'explorer ses thèmes de prédi-lection: la camaraderie et les liens fraternels. Avec humour, justesse et compassion, il entraine ses personnages dans des péripéties où le quotidien devient palpitant.

  • Quoi de plus plaisant qu'une promenade en amoureux le dimanche après-midi ? Monsieur s'adonne à la photo. En bon photographe amateur, il va choisir son modèle dans la rue avec l'aide de madame. Une fois qu'il l'à dans le viseur, il ne va plus le lâcher. Il va falloir user de méthodes dignes des meilleurs agents secrets. Ils vont le suivre partout tout. Mais si leur sujet était un dangereux criminel, un obsédé sexuel, un toxicomane ou bien pire encore : un psychopathe ?

    C'est avec un humour astucieux que Thomas Matthieu se livre à un étonnant jeu de piste avec ses deux personnages. Le type de la photo est une histoire prenante qui nous parle de voyeurisme et de ces jeux de l'imagination qui nous servent à transcender la banalité du quotidien. L'auteur a utilisé, pour son dessin, un logiciel de retouche photographique qui donne ce rendu graphique particulier et proche de la photographie.

  • Diane

    Ron Rege

    Aphrodite, la déesse de l'amour et de la beauté, crée les amazones pour clouer le bec à Mars et mettre fin à la tyrannie des hommes. Mais après un ultime combat contre Hercule, leur reine Hippolyte, lassée par leur fourberie, emmène les amazones sur l'île Paradis où elles fondent Amazonia, la cité où nul homme n'est admis. C'est là que naît Diane. Modelée par Hippolyte dans une glaise d'une pureté absolue, elle reçoit d'Aphrodite le don de la vie. Devenue une jeune fille forte et indépendante, Diane sauve un soldat américain en perdition suite au crash de son avion. Sans hésitation, elle brave l'interdit, recueille et soigne le premier homme qu'elle voit de sa vie.
    Diane est une évocation du récit inaugural de Wonder Woman, édité en 1941 par Wil-liam Moulton Marston. Mis à part l'ajout de jurons et de quelques agréments de style, Ron Regé Jr. est resté au plus près de l'original. Cette lecture contemporaine de Ron Regé Jr. met volontairement en lumière la nature psychotique de la culture américaine. Bien que la mère de Diane l'eût élevée dans un but précis - lui faire incarner l'espoir d'un monde nouveau - elle semble échapper à tout contrôle pour finir par perdre de vue l'histoire dont elle est le fruit pour s'abandonner, jusqu'à l'obsession, au principe du plaisir.

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